Pourquoi ce site?
Nous aimons le foot, les sorties entre potes, un bon film à la télévision, les soldes de janvier… Tout ça est évidement important.
Mais n’est-il pas aussi essentiel d’avoir une opinion, d’essayer de comprendre, de défendre, de s’informer sur NOTRE monde ?
Nous avons la désagréable impression que beaucoup d’entre nous ne s’intéressent que peu à ce qu’il se passe sur notre planète.
Le but de ce site est tout simplement d’essayer d’informer NOTRE GENERATION sur des sujets que nous estimons majeurs et qui sont malheureusement TROP souvent peu évoqués par les médias.
Sans prétention, nous allons donc nous renseigner, travailler ensemble et rédiger de courts articles, des résumés, illustrés de photos et vidéos.
Nous nous adressons donc à notre génération en espérant vous intéresser et vous motiver à consacrer plus de temps à l’état de notre monde.
Au nom de toute l’équipe de « SECOUONS NOUS » je vous souhaite la bienvenue sur ce blog.
Bertrand Vandeloise
Philosophie de nos articles
Nous avons la prétention de relater objectivement les faits, nous n'avons pas la prétention d'être objectif dans nos opinions.
Nous serons systématiquement du coté de l'être humain.

Article N°9 - Récit de ma première journée avec les migrants de Calais

Il est 7 heures, le jeudi 26 mars 2009, je prends la route pour Calais !
Ca fait longtemps que je désire m’y rendre. Je suis assez excité à l’idée de découvrir par moi-même la situation des « migrants de Calais » (Lire l’article « à deux heures de chez moi »). J’espère pouvoir mieux comprendre et me faire ma propre opinion sur ce qu’il s’y passe.
Je vous avoue, que sur la route, je ressens une certaine crainte, peut-être celle d’être confronté à la réalité calaisienne.
J’ai d’abord rendez-vous à Lille avec Cédric Domenjou (auteur du livre « Tomorrow England », un livre que je vous conseille si vous désirez mieux comprendre la situation des migrants dans le nord de la France et du site
http://noborders.over-blog.org/ destiné aux migrants) ainsi qu’avec Romain, un ami à lui. Nous passerons la journée ensemble !Il nous reste environ 15 km avant d’arriver sur place, quand nous croisons 7 ou 8 migrants longeant l’autoroute en direction de Calais; peut être arrivent-ils de leur pays ou peut être sont-ils montés dans un mauvais camion.
Arrivés à Calais, nous entrons directement dans un grand terrain vague où nous rencontrons un petit groupe de Tadjik (Le Tadjikistan est un pays d'Asie centrale. Il a des frontières avec l'Afghanistan, la Chine, le Kirghizstan et l'Ouzbékistan. C'est le seul État issu de l'ancienne Asie centrale soviétique à ne pas parler une langue turque, mais une langue iranienne, le tadjik.), nous discutons quelques minutes et très vite nous retournons prés de la voiture afin de leur donner des chaussures et des couvertures récoltées grâce au site.
Il est midi nous partons vers un lieu de distribution dans le centre ville où une grosse centaine d’Erythréens et afghans attendent à manger (différentes associations font midis et soirs des distributions de nourriture à Calais). Très vite nous repartons vers la Jungle (jungle : c’est le nom donné à l’endroit où les migrants vivent, parfois des bois, parfois des dunes, parfois juste un terrain vague). Nous arrivons dans un petit village fait de cabanes en palettes habitées par les Afghans Pachtoun (Groupe ethnique dominant de l'Afghanistan). Il doit bien y avoir 3 à 400 personnes qui résident dans ce lieu. Les conditions de vie y sont plus que précaires. Au centre, ils ont même construit une mosquée (lieu de culte pour les musulmans) en palette avec de grandes bâches bleues, entourées de petites fleurs. Nous sommes très vite accueillis et invités à boire le thé par 4 jeunes.
Après avoir enlevé nos chaussures, nous rentrons dans leur cabane qui doit faire 2,5 m de long par 1,5m de large et sur 1,2m de haut, le moindre petit trou est colmaté, il n’y a presque pas de courant d’air.
Il y a Mokhtar ,15 ans, Abdullahman qui vient d’avoir 17 ans, Hedayat qui a seulement 12 ans et un quatrième qui doit avoir 12 ou 13 ans.
Hedayat me fascine, il a encore l’innocence de l’enfance, il rit beaucoup, le genre de petit gars simple comme j’aime en rencontrer, qui n’attend pas que la vie lui fasse un cadeau pour sourire, qui ne demande qu’à vivre, rempli d’espoir de gentillesse et d’optimisme.Il a fait la route caché sous des camions jusqu’à Calais où il vit depuis 3 semaines.
Il nous raconte qu’il s’est fait arrêter il y a trois jours et que les CRS ont été dure avec lui mais qu’il ne s’est pas laissé faire. Il rajoute même en rigolant, car il sait que c’est ironique : « si vous me touchez encore je téléphone à l’UNICEF ».
Mokhtar qui nous serre un thé au lait (vraiment délicieux d’ailleurs), parle bien anglais, il a beaucoup d’humour et d’hospitalité. Il est un peu plus grand de taille et a l’air enchanté d’avoir des invités. Il me demande si la Belgique est belle, et me confie, les yeux remplis d’espoir, « J’aimerais venir en vacances en Belgique, plus tard, quand j’habiterai et travaillerai en Angleterre ».
Abdullahman, qui n’arrête pas de faire rire les autres en disant des bêtises, nous explique qu’il a été arrêté quelques jours auparavant lors d’une altercation avec les migrants africains et qu’il a un peu peur d’être renvoyé en Afghanistan la prochaine fois. Le dernier jeune ne parle presque pas, il vient d’arriver à Calais, les autres nous racontent qu’il a traversé la mer entre la Turquie et la Grèce sur un bateau gonflable, qu’ils étaient plusieurs et que le bateau à crevé. Ils ont été repêchés par les gardes côtes Grecs.
Nous restons assez longtemps avec eux à discuter et à rire. Je suis profondément touché par leur accueil et par leur histoire, une vrai leçon de vie ces petits gars là.
Avant de partir nous leur offrons des couvertures et des vêtements récoltés sur le site www.secouonsnous.com.
Nous décidons de visiter le camp, Mokhtar nous servira de guide. Nous nous baladons donc entre les cabanes des migrants, certains viennent nous parler, d’autres nous invitent à boire le thé, d’autres encore sont étonnés de nous voir ici. Nous nous arrêtons plusieurs fois pour discuter, un groupe nous invite même à manger avec une telle gentillesse qu’il nous est impossible de refuser.
Nous nous retrouvons ainsi dans la fameuse « JUNGLE » réputée dangereuse par la presse et par certaines personnes, à partager un poulet avec 5 ou 6 Afghans ainsi que notre hôte Mokhtar. Nous sommes un peu mal à l’aise de consommer le peu de nourriture qu’ils ont mais ils ont l’air très heureux de partager leur repas.Après les avoir remercié 100 fois, nous partons dans l’autre « JUNGLE », où vivent les Hazaras (les Hazaras sont un peuple d'origine
mongole parlant persan vivant dans le centre de l'Afghanistan). Nous discutons tranquillement le long d’un terrain de football avec quelques uns quand arrive un groupe de 3 ou 4 personnes, le visage caché, bien habillés et bien propres.
Le groupe s’arrête de parler, et n’a plus l’air très à l’aise, l’ambiance devient tendue tandis que l’un des gars questionne Mokhtar qui tente de justifier notre présence. Il explique que nous ne sommes pas journalistes, ni de la police, que nous sommes juste étudiants.
Un autre me fixe depuis quelques instants avec insistance.
A peine reparti, Mokhtar nous indique qu’il s’agit de passeurs.

Une demi-heure plus tard nous partons vers le squat des Erythréens. Une grande partie des africains vivent dans un grand bâtiment désaffecté. Le bâtiment est gardé et nous ne pourrons malheureusement pas rentrer. Nous devrons attendre la distribution de nourriture du soir, dans le port, pour avoir quelques contacts avec eux.
Quelques-uns vivent dans de petites cabanes de fortune le long du port, géographiquement, juste devant le « départ des bateaux » pour l’Angleterre. Nous leur offrons nos derniers vêtements, ils sont très contents même s’il ne nous reste plus grand-chose. Je parle pendant quelques minutes avec un jeunes Erythréen de 22 ans calme et très gentil. Il m’explique avoir quitté l’Erythrée, traversé le Soudan et la Libye à pied, puis la méditerranée dans une embarcation de fortune : « Je veux absolument rejoindre l’Angleterre, mes deux frères y vivent déjà et y sont heureux ».
21h, « Good luck for England my friends »
Je rentre en Belgique, 2 grosses heures de route, du temps pour faire le point sur cette journée. Je n’étais pas dans un camp de réfugiés au Tchad ou au Congo mais bien à CALAIS en FRANCE à quelques dizaines de kilomètres de la Belgique.
J’ai passé une très bonne journée avec des personnes pleines de force et de courage, des personnes souvent plus jeunes que moi, qui ont envie de vivre, envie de liberté, qui ont cru en notre Europe. Sur le chemin du retour je me sens complètement choqué, je ressens beaucoup de colère, de révolte. Je ne suis pas d’accord avec cette Europe ! La politique d’accueil, d’accord, on peut en discuter mais le manque d’humanité, jamais !
Je voudrais remercier Cédric et Romain pour cette journée et pour leurs précieuses explications, Mokhtar pour la visite du camp et pour son hospitalité, également Hedayat et les autres jeunes du camp pour la leçon de vie et de courage qu’ils m’ont donnée.
Un très grand merci aussi aux gens généreux qui m’ont permis d’offrir des couvertures et des vêtements chauds aux « migrants de Calais ».
Inutile de vous préciser que je compte y retourner très vite, et que j’ai besoin de vêtements chauds (pour homme : vestes, pulls, jeans, chaussures) et de couvertures, tentes et sacs de couchages.
Faites passer le message !
Si vous désirez vous impliquer d’une façon ou d’une autre, contactez-moi!
ILS COMPTENT SUR NOUS !!!!
Bertrand Vandeloise bougeons@gmail.com

4 commentaires:

Fred Cav a dit…

ton post m'a touché ...
merci pour ton investissement, merci pour eux
je suis fier de toi

ton cousin Fred

Anonyme a dit…

salut Bertrand, c'était une très bonne journée passée dans ce coin si médiatisé en ce moment mais peu connu qu'est Calais. Je vois dans ton article que tu as été choqué par cette situation, c'est très bien, car l'envie d'y retourner est d'autant plus grande apres. Donnons cette envie aux autres personnes sensibilisées par le sujet pour que la situation s'ameliore dans ce lieu cosmopolite. Et pourquoi pas si on est nombreux, on pourra casser la frontière à coups de marteau...

Romain

Anonyme a dit…

Je trouve ton article SUPER, c'est vrai que c'est très touchant de voir qu'à 2h de chez soi des enfants si jeunes vivent des choses horribles... Je suis très fière de toi, cela me touche ENORMEMENT. Continue vraiment c'est extra ce que tu entreprends pour ces personnes dont personne ne parle.. (aussi bien que toi). Je t'embrasse...

Michèle a dit…

Encore et toujours Bravo Bertrand. Où en es-tu dans ta récolte ?
Veux-tu que je batte le rappel sur Attention à la terre ?
Tiens-moi au courant, bonne continuation, je trouve que tu es génial, tout simplement.